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Le projet comme oeuvre

Mots-clés

Projet/ Programmes/ Processus de création/ Œuvre/ Idée/ Intention



       Projet nom masculin 

  

  1. Image d'une situation, d'un état que l'on pense atteindre. 
      Projet détaillé, élaboré. 

      Synonymes : dessein, intention, plan

2. Brouillon, ébauche, premier état.
    Laisser quelque chose à l'état de projet.

Dessin d'un édifice à construire.
 

Programme(s) nom masculin


1. Ensemble des projets, des intentions d'action de quelqu'un, d'un groupe, d'un parti politique, etc.
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Processus de création (ou processus créatif)

Premier axe : « Faire au prisme de la socialisation », le propos se concentre sur les relations passées et présentes de l’artiste, de celles qui l’ont formé (ses expériences socialisatrices, l’apprentissage des techniques, …) à celles qui l’amènent à faire des choix dans le présent, comme développer et modifier un projet artistique. La « socialisation » est à comprendre, selon la définition de Muriel Darmon, comme le « processus par lequel la société forme et transforme les individus ».
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Second axe : « Faire au prisme d’interactions » regroupe des contributions interrogeant la dimension collective du travail de création.

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Troisième axe : « Les temps du faire », permet aux auteurs qui y sont rassemblés d’interroger la temporalité dans la création artistique, induite par l’idée même d’un processus. Par temporalité, il faut entendre ici la durée propre à chaque processus de création.
Pour conclure « Faire dans le temps », il est question ici de l’insertion du processus de création artistique dans son contexte historique. 


 Œuvre nom féminin 
(latin opera)


1. Travail, tâche, action effectués par un agent quelconque : Une œuvre de longue haleine.
 
2. Objet, système, etc., résultant d'un travail, d'une action : Ce tabouret est l'œuvre d'un artisan.
 
3. Production de l'esprit, du talent ; écrit, tableau, morceau de musique, etc., ou ensemble des productions d'un écrivain, d'un artiste : Les œuvres de Bach. Une œuvre d'art. Une thèse sur l'œuvre de Rimbaud.
 
4. Organisation à but religieux, moral, social, philanthropique : Faire un don à une œuvre.



Idée nom féminin (latin idea, du grec idea, forme visible, de ideîn, voir)

1. Représentation abstraite, élaborée par la pensée, d'un être, d'un rapport, d'un objet, etc. ; concept, notion : L'idée du beau. Les rapports du mot et de l'idée qu'il représente.

2. Tout contenu de pensée, toute élaboration de l'esprit : Mettre de l'ordre dans ses idées.

3. Manière personnelle de voir les choses : Nous n'avons pas la même idée de ce qu'est la liberté. 

4. Élaboration originale de la pensée, permettant, en particulier, de répondre à une situation, d'être à l'origine d'une action, d'une œuvre ou d'une invention originale : Il a toujours beaucoup d'idées. Avoir une idée de roman

 5. Proposition, suggestion, indication données par quelque chose (parfois suivi d'un nom apposé avec ou sans trait d'union) : Revue qui fourmille d'idées pour vos vacances. De nouvelles idées-cadeaux.

6. Ce qui doit être envisagé par l'esprit, ce qui est virtuel, ce qui se propose à l'esprit comme possible : Il avait du mal à accepter l'idée d'une séparation. 

7. Aperçu, vision sommaire, notion de quelque chose : Tu as une idée du prix ?

8. Le siège de la pensée ; tête, esprit : Cela m'est sorti de l'idée.
9. Pour Platon, modèle général de chaque chose concrète ou de chaque notion abstraite, qui est dans l'esprit de tout homme avant sa naissance et qui lui permet de concevoir la réalité.


Intention  nom féminin
(latin intentio, -onis, tension, de intendere, tendre vers)

Disposition d'esprit par laquelle on se propose délibérément un but ; ce but lui-même : Mon intention première était de le persuader de partir.



Cinq exemples d’évolutions contemporaines de l’idée du projet en art


Une conception globale et longitudinale de l’œuvre comme un projet et non réduite à ses objets

Quand Marcel Duchamp conçoit la Boîte verte en 1934, c’est pour lui un nécessaire pendant verbal à La Mariée mise à nu par ses célibataires, même [Le Grand Verre], son grand œuvre réalisé entre 1915 et 1923, et permettant de ne pas se contenter de la simple réception rétinienne de l’œuvre, mais de la percevoir dans tous ses aspects et selon des développements singuliers, complexes, transitoires, car inachevés ou à développer. Chez lui, l’œuvre excède tout objet qui voudrait la fixer ; l’objet-œuvre n’est pas à distinguer des pratiques qui la font naître, voire de la non-pratique et d’un certain dédain pour le faire, érigé en mode de création. Projet au long cours, dont la mutation permanente et la lente fabrication se nourrissent des notes et des réflexions de l’artiste, « La mariée » serait donc un mode d’existence paradigmatique de l’œuvre d’art. Une œuvre dont la forme sensible n’est qu’un état, une étape, une tentative jamais complètement satisfaisante de fixer l’idée. 





Marcel Duchamp “La Boîte verte (La mariée mise à nu par ses célibataires, même)”, 1934
fac-similés sur papier et emboîtage de carton avec application de cuivre et plaque de verre, n°35/300, 28 x 33,5 x 2,5 cm
Collection particulière


En 1934, Marcel Duchamp entreprend la conception d’une nouvelle boîte qui rassemble de nouvelles notes préparatoires relatives au Grand Verre, soit une accumulation de « huit années, d’idées, de réflexions, de pensées », totalisant 93 documents (notes écrites, dessins, photographies). Chacun de ses originaux a été lithographié puis tiré sur du papier similaire à celui utilisé par l’artiste lors de ses travaux de réflexion. Tiré à 320 exemplaires (dont 20 contenant une œuvre originale numéroté I à XX, une série qualifiée d’«édition de luxe»), l’objet final est surnommé « La Boîte verte » et comprend sur son couvercle l’inscription La Mariée mise à nu par ses célibataires même dans une typographie pointillée exécutée au pochoir

L’éditeur mentionné est Rrose Sélavy.

Extraits de Boîte verte, série de photographies par Guy de Lacroix-Herpin



Marcel Duchamp œuvra huit ans, de 1915 à 1923, sur le Grand verre ou La mariée mise à nu par ses célibataires, même, avant de décréter qu’elle resterait définitivement inachevée. Cette œuvre, depuis, ne cesse d’intriguer. D’aucuns persistent à la dire incompréhensible ou "foutage de gueule", alors que pour d’autres c’est "le" chef-d’œuvre du XXe siècle.








Une conception de l’œuvre et de l’art comme un projet de création permanente 

Robert Filliou, dans les concepts de la « création permanente », avec son « principe d’équivalence », ainsi qu’avec sa « galerie légitime » (qu’il installera dans sa casquette) contribue à définir, par l’influence qu’il exerce sur les jeunes générations d’artistes, l’œuvre comme un événement potentiel. « L’œuvre d’art, plus qu’un objet fini est le résultat d’une démarche déployée dans le temps, expérimentale et non programmée ». Son œuvre protéiforme, toujours modeste, bricolée et partagée avec le spectateur déplace cette dernière de l’objet vers la vie réelle, l’objet produit étant souvent un potentiel, une ouverture vers un devenir, un projet d’œuvre à réaliser.

"Quoi que tu penses, pense autre chose. Quoi que tu fasses, fais autre chose. Le secret absolu de la création permanente : ne désire rien, ne décide rien, ne choisis rien, sois conscient de toi-même, reste éveillé, calmement assis et ne fais rien.Robert Filliou

Le secret de la création permanente ? Artiste, poète, bricoleur, inventeur, Robert Filliou a laissé pour nous une œuvre prolifique, vivante et festive. Avec lui, l’art est un échange, et les œuvres sont des propositions, car l’art, "c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art".



Robert Filliou en 1962 à Paris 

Poèmes. Installations. Assemblages. Pièces de théâtre. Jeux. Happenings. Envois postaux. L’œuvre de Robert Filliou a pris tout au long de sa vie des formes multiples, cherchant l’art et la poésie en tout, selon cette formule maintes fois reprise disant que "l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art", peut-être encore plus radicale lorsque Robert Filliou affirme : "ça ne fait rien si l'art n'existe pas, l'important c'est que les gens soient heureux".

L’histoire de Robert Filliou est celle d’une recherche. La recherche d’un artiste qui a voulu faire de sa vie son art pour dessiner une véritable proposition poétique pour la vie sociale et politique. "Poésie-action", "Territoire de la République géniale", "Principes d’économie poétique", "Poïpoïdrome", "Création permanente", Robert Filliou aime les systèmes, les concepts. Et dans le contexte des expérimentations artistiques des années 60 et 70, ses assemblages, pièces, écrits, jeux, lieux, vidéos et poèmes sont une utopie : il veut tous nous faire participer à son "rêve collectif", il invente des lieux d’échange et de création, il cherche la poésie partout.

Souvent associé au mouvement Fluxus, il n’a pourtant jamais fait partie d’aucun groupe. "Pas besoin de nom dans cette histoire", écrit-il d’ailleurs dans son "Histoire chuchotée de l’art". Pas de groupe, mais un "réseau éternel", où figurent ses amis, les artistes Daniel Spoerri, George Brecht, Jean Dupuy, Marcel Broodthaers, Joachim Pfeufer, le poète Emmet Williams, et bien sûr sa femme, Marianne.


Une conception du geste artistique comme projet de vie 

Dans les démarches d’artistes tels On Kawara ou Roman Opalka, le projet de création artistique est difficile à disjoindre d’un projet de vie. L’œuvre devient une démarche exploratoire, un processus, une idée à éprouver dans le temps long, dans la réalité quotidienne de la vie d’artiste. Ainsi, les éléments produits ne sont que les parties d’un tout dans lequel la vie même de l’artiste est comprise.


Né en 1933 au Japon, On Kawara fonde sa pratique sur l’élaboration de protocoles liés à la répétition et à l’archivage. Rattaché à l’art conceptuel, à partir de 1966, il s’est fait connaître par la série des Date Paintings, tableaux monochromes sur lesquels sont inscrits la date du jour où la peinture est réalisée.

Sur un fond monochrome, il peint minutieusement la date de fabrication de la toile. Les peintures de date ont toujours le même format. Il adopte la nomenclature au pays dans lequel il le réalise.
Il peint chaque lettre ou chiffre soigneusement à la main, sans pochoir, et ayant fixé comme règle de ne jamais passer plus de 24 heures sur une oeuvre.

Quand elles ne sont pas exposées, les Date Paintings sont placées dans une boîte accompagnées d’un article du journal de la ville dans laquelle chaque tableau est peint. On Kawara, qui poursuit ce projet depuis 1966 et ne compte l’arrêter qu’à sa mort, a déjà réalisé des Date Paintings dans plus de 112 villes.





Le 6 août 2011, Roman Opalka a achevé son oeuvre : le fini défini par le non fini.  



L’œuvre de Roman Opalka matérialise le temps qui passe. À la fin de chaque séance de travail (ou il inscrit la progression numérique élémentaire de 1 à l'infini sur des toiles de même dimension), Opałka se prend en photo sur fond blanc selon le même protocole: Cadre serré, éclairage lumineux et régulier, fond blanc, chemise blanche, cheveux qui blanchissent et autres signes de vieillesse, il vient peu à peu se fondre dans le fond, y disparaître. Le fait que ses toiles et ses photographies soient en noir et blanc et systématiquement réalisés dans les mêmes conditions enlève tout détail superflu, toute anecdote! Reproduisant toujours le même cadrage, la même lumière, le même point de vue frontal, le même processus… Renouvelant sans cesse le même dispositif, Opalka fait de sa vie une œuvre. Les autoportraits d'Opalka, présentés comme des photos d'identité frontales, avec ce regard fixé sur l'objectif et sur le spectateur, semblent défier le temps. Le dialogue permanent avec le temps qui passe, la progression de l’usure, la vieillesse est un face à face avec la mort incontournable. Et oui! Bien au-delà de l'appareil photo, et bien au-delà encore du spectateur, c'est la mort elle-même qu'Opalka sonde froidement du regard, dignement, crânement oserait-on dire, avec la pleine conscience qu'elle finira bien par le rattraper. Les autoportraits du peintre enregistrent donc l'écoulement inexorable du temps: ce que je nomme mon autoportrait, est composé de milliers de jours de travail. Chacun d'eux correspond au nombre et au moment précis où je me suis arrêté de peindre après une séance de travail. Chaque nouveau portrait est une trace de sa présence encore vivante à un moment donné. De 1965 à 2011, l’artiste atteignit le nombre de 5.607.249, et réalisa des milliers de portraits, aujourd'hui célèbres en raison de sa démarche plutôt extrême, répétitive et rigoureuse. Dans le milieu artistique, son obstination est reconnue comme une forme de courage.



On peut comparer ma vie à une performance semblable à toutes les vies actives, à tous les défis possibles, ceux d’un océanographe ou d’un alpiniste ou encore à la manière d’un artiste donnant, au cours d’une soirée, un happening de quelques heures, avec la différence qu’ici il s’agit de la durée d’une vie. Roman Opalka.


Le peintre franco-polonais Roman Opałka (27 août 1931 – 6 août 2011)  a tenté à partir de 1965 de compter de 1 à l’infini sur ses toiles pour décrire le passage du temps.

Toutes ses toiles, qu’il appelle « détails, » et qui ont pour titre « 1965 / 1 – ∞ », mesurent 196 x 135 cm et montrent les chiffres qui se suivent du haut à gauche au bas à droite.

Quand il est arrivé au chiffre 1 000 000 il a légèrement changé sa façon de faire, en ajoutant 1% de blanc dans le noir qui lui sert de fond, dans le but qu’au bout d’un moment les chiffres se confondent avec la toile et en se photographiant à devant son tableau à chaque fois.


En 2004 il était arrivé à compter jusqu’à 5,5 millions.



Une conception en tant qu’interrogation des manifestations d’un projet de société 

Aujourd’hui le travail de Julien Prévieux, qui déploie des œuvres protéiformes comme autant d’actes de résistance, s’introduit dans le champ des pratiques sociales — du monde de l’entreprise à l’espace urbain en passant par les technologies de l’information —, il y questionne les habitus, les attitudes et les gestes normalisés, les codes, les règlements ou les protocoles.. 

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