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Fluxus


Avec la feinte désinvolture qui fait son charme, l'artiste français Ben Vautier définit Fluxus comme : « le nom d'un groupe créé en 1962 et dont les membres vivent un peu partout dans le monde [...]. Officiellement, rien ne les relie entre eux, hormis les influences qu'ils ont subies et une certaine façon de concevoir l'art. Les influences sont : John Cage, Dada et Marcel Duchamp » (La Vérité de A à Z, 1987). Fluxus aura été, en effet, non une avant-garde artistique constituée en ordre de bataille, mais un nom, un label, lancé à New York au début des années 1960, comme Dada l'avait été à Zurich en 1916. Un nom appelé à devenir signe de reconnaissance pour de très nombreux artistes attachés, dans les décennies 1960 et 1970, à poursuivre l'entreprise initiée par les dadaïstes et Duchamp : une remise en cause radicale de l'autonomie de l'art et des catégories esthétiques, des spécificités nationales, des genres et des hiérarchies.

 
Lancé en 1962 par l'artiste George Maciunas, le mouvement Fluxus échappe à toute tentative de définition. 

Héritier de dada et de Marcel Duchamp, Fluxus relève plutôt d'un état d'esprit, d'une liberté de pensée et d'expression. 

" C'est un moment de l'histoire où l’œuvre produite a moins d'importance que l'ambiance dans laquelle elle a été produite", observe le galeriste Youri Vincy.

Ramifié jusqu'en Asie, Fluxus s'étend par champs concentriques. S'y greffent aussi un temps, des artistes comme Dieter Roth ou Joseph Beuys. Les apports de Fluxus sont importants en musique, avec les compositeurs John Cage et la Monte Young. Le premier avait donné le ton en 1952, en posant ses mains sur un clavier de piano pour 4,33 minutes de silence ! 

"L'art doit être simple, amusant, sans prétention, s'intéressant aux choses insignifiantes, ne demandant ni habileté particulière ni répétitions innombrables et n'ayant aucune valeur marchande ou institutionnelle", insistait George Maciunas

Réduit parfois à un geste, un gag ou un happening, Fluxus se dérobait au marché.

Connu pour ses aphorismes ironiques écrits de manière enfantine, Ben Vautier transforme des attitudes en œuvre.
  





 
À la Galerie Templon, avait lieu une exposition de Ben Vautier : « La théorie de l’ego ». L’artiste nous transporte encore une fois dans son univers bien caractéristique. Il nous amuse par son excentricité, et une absurdité très contrôlée. Comme son nom l’indique, toute l’exposition est tournée vers soi, vers l’ego qui sommeille en chacun de nous. On se réjouit, comme des enfants dans un nouveau parc d’attractions. On observe avec attention tous les petits détails. L’une des œuvres consiste d’ailleurs à mettre sa tête dans un triangle de miroir, et de voir son reflet à l’infini. Ben est sans doute l’un des artistes contemporains que j’apprécie le plus, aujourd’hui. Il apporte réellement une réflexion sur l’art, avec le mouvement Fluxus, dont il fait partie. Tout le monde n’est pas d’accord avec cela. Sans doute parce qu’on ne comprend pas toujours très bien ce qu’ils veulent nous dire. Mais même eux ne le savent pas. 

Roger Watts disait :

L’essentiel, avec Fluxus, c’est que personne ne sait ce que c’est.


La Galerie Nelson propose pour 450 euros un jeu de cartes baptisé Idiot-ci Idiot-là (1977). 




Pour 2 000 euros, on peut emporter son Optimistic boxe n° 1. Le couvercle de la boîte énonce en anglais : "Dieu merci, il existe des armes modernes." L’œuvre joue sur l'effet de surprise, car la boîte renferme un pavé et une phrase troublante : "On ne se jette plus de pierre." 





Partant de l’idée selon laquelle « bien fait », « mal fait » et « non-fait » sont des principes équivalents, Robert Filliou a créé la série Optimistic Boxes comme cadeaux de nouvel an. 

« Nouvel an, Pour vous et vos amis, Renouvelez l'art d'offrir. Ces artistes ont conçu et réalisé pour vous des cadeaux... inquiétants, insolents et baroques... De 30 à 3000 F. »

Les éditions de Robert Filliou proposent souvent un accès direct à l’univers de pensée de l’artiste, comme c’est le cas pour les célèbres Optimistic Boxes. Il s’agit d’objets qui peuvent être lus tant du côté intérieur que du côté extérieur.

Le côté extérieur d’Optimistic Box N° 1 dit par exemple « Remercions dieu pour les armes modernes », tandis qu’à l’intérieur, on peut lire « Nous ne lancerons plus de pavés ». Dans la boîte se trouve un carreau semblable à ceux utilisés à des fins bien différentes pendant la révolte estudiantine de Paris en 1968.

Un de ses multiples prend la forme d'une pancarte installée avec un sceau et un balai-brosse. La pancarte indique : "La Joconde est dans les escaliers." Une façon de désacraliser la Mona Lisa en lui donnant les attributs d'une femme de ménage. Rarissime, cette édition vaut dans les 10 000 euros.


 Robert Filliou, La Joconde est dans les escalier,  
32.8 x 10.9 cm, 1968 
Collection: Richard Saltoun Gallery, London 


Compagnon de route un temps de Filliou, l'Américain George Brecht se qualifie plus comme musicien que plasticien. Son œuvre se caractérise par des "events" (événements) résumés à des gestes simples. La galerie 1900-2000, qui avait organisé en 1989 la plus grande exposition parisienne autour de Fluxus, propose pour 3 100 euros Water Yam. Cette boîte contient 100 bristols sur lesquels sont indiqués des events qu'on peut jouer dans la sphère privée ou publique. Il faut compter 16 000 euros pour la photographie d'un assemblage représentant notamment la main de l'artiste Pol Bury. Ses prix devraient progresser avec la prise en main de son œuvre par la puissante galerie Gagosian.

Bien que Fluxus ait refusé les règles mercantiles, le marché est en train de le rattraper. 

"Dans la mesure où Fluxus est un mouvement qui a compté dans l'histoire de l'art, les oeuvres vont prendre de l'importance, indique Ben Vautier. Les collectionneurs vont se battre, et les prix monter." 



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