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Paysage-abstraction abstraction-paysage

LE PAYSAGE DU FIGURATIF À L’ABSTRAIT

Compréhension et histoire du paysage dans l’art (peinture occidentale)Tout d’abord, le paysage est la représentation de cette séparation entre la terre et le ciel, contenu dans l’horizon. Étymologiquement, il est «l’agencement des traits, des caractères, des formes d’un espace limité, d’un «pays». C’est une portion de l’espace terrestre, représentée ou observée à l’horizontale comme à la verticale par un observateur ; il implique donc un point de fuiteLe paysage est universel, car dans la plupart des cas il se révèle être un terrain de projection doté d’une profondeur de champ très symbolique, le lieu où nous pouvons laisser place à notre imagination, nous projeter. Il devient le décor de toutes les scènes possibles.Comme tout genre pictural profane de la peinture européenne (nature morte, portrait...), le paysage procède des thèmes religieux : il constituait ce décor souvent chargé de symbolisme dans lequel évoluaient les personnages religieux, puis les riches commanditaires ou les héros de scènes historiques, pour devenir ensuite un genre pictural auto-nome.Le paysage s’émancipe jusqu’à devenir un genre autonome. La peinture de paysage est une invention de l’époque moderne.

Termes techniques : perspective architecturale, perspective atmosphérique, horizon, profondeur de champ, symbolique, genre pictural, époque moderne (qui peut correspondre à 2 époques, soit la fin du Moyen-Âge, soit le milieu des années 50, ici ce sera la fin du Moyen-Âge).


La transition entre l’Antiquité et le Moyen-Âge : l’artiste cherche à évoquer la religion par des images afin de la mettre à la portée de tous. La représentation doit rester symbolique. La nature étant l’œuvre de Dieu, il n’est pas admissible de tenter de la recréer en image car l’homme ne peut pas avoir la prétention d’égaler la divinité. Lorsque, au 16e siècle, les peintres parviendront à un réalisme très convaincant, les commentateurs comme Giorgio Vasari les compareront à des dieux vivants. Mais le Moyen âge exclut totalement cette ambition.

Joachim parmi les bergers (1304-06) par Giotto 
Fresque, Chapelle des Scrovegni à Padoue, Italie

L’œuvre de Giotto (v. 1267-1337) marque une évolution vers davantage de réalisme. Le paysage, en arrière-plan de la scène religieuse, reste traditionnel. Il remplace les fonds dorés de la peinture des siècles précédents mais demeure schématique. La beauté du paysage n’est pas le propos du peintre. Il s’agit simplement de placer un épisode religieux sur une scène. Le paysage ressemble ainsi à un décor de théâtre, évocateur de la nature, mais réalisé par assemblage d’éléments stéréotypés (ciel, rochers, arbres, source, etc.).

 L’appel des premiers apôtres (1481) par Ghirlandaio. Fresque de la chapelle Sixtine

Le 15e siècle marque une étape importante dans la construction d’un art du paysage. Aucun peintre ne réalise encore un tableau ayant le paysage pour sujet principal mais nombreux sont ceux qui utilisent le paysage comme un élément essentiel de leurs compositions. Au 15e siècle, le paysage reste donc l’un des éléments d’une composition ayant un autre thème : épisodes historiques ou religieux, scènes de genre mais aussi portrait. Il s’agit là d’une nouveauté par rapport au Moyen-Âge où le portrait était proscrit par l’Église car révélateur de la vanité du modèle. La Première Renaissance, en Flandre et en Italie, entraîne ainsi une certaine émancipation. Techniquement, la peinture à l’huile apporte un raffinement esthétique in-connu jusqu’alors et l’utilisation des lois de la perspective débouche sur un réalisme qui stupéfie les contemporains.

C’est au 16e siècle que le paysage devient un genre pictural à part entière. Si l’on excepte les aquarelles d’Albrecht Dürer à l’extrême fin du 15e, l’art du paysage restait jusqu’alors accessoire : arrière-plan de portraits ou de scènes religieuses, scènes de chasse ou de guerre. Le tableau avait un autre sujet. Ces thématiques subsistent au 16e siècle, mais, peu à peu, certains artistes vont s’intéresser au paysage pour lui-même, en faire le sujet principal de leur composition. L’éclosion de la peinture paysagère est très progressive et des personnages ayant une place plus ou moins importante parsèment presque toujours les paysages du 16e siècle. Deux tendances principales apparaissent, l’une en Italie, l’autre en Flandre. Le traitement du paysage par les artistes allemands emprunte aux deux tendances principales avec des caractéristiques culturelles germaniques. En France, l’influence italienne est prépondérante.

Termes techniques : réalisme, composition, peinture à l’huile, perspective architecturale, perspective atmosphérique.
 






Le coucher de soleil (1506-10) par Giorgione 
Huile sur toile, 73×91 cm, National Gallery, Londres


Chasseurs dans la neige (1565) par Pieter Brueghel l’Ancien, Huile sur bois, 117×162 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne

L’art du paysage atteint sa maturité au 17e siècle. Les grands paysagistes parviennent sans doute à cette époque à l’acmé d’une recherche qui vise à restituer sur l’espace limité du tableau un compromis idéal entre le Beau et le Vrai. Le classicisme français et l’âge d’or de la peinture hollandaise représentent à cet égard l’aboutissement le plus complet d’une évolution de plusieurs siècles.

Paysage avec Enée à Délos (1672) par Le Lorrain
 Huile sur toile, 100×134 cm, National Gallery, Londres

L’idéalisation du paysage en peinture est donc naturelle et se situe dans le prolongement direct du paysage arcadien qui a pris naissance en Italie au début du 16e siècle. Les compositions paysagères éliminent tout ce qui peut, à l’époque, paraître disgracieux. Le paysage lui-même devient parfois le sujet du tableau, la présence humaine se réduisant alors à de petits personnages. Il s’agit de domestiquer la nature pour en extraire un idéal de beauté, la quintessence de ce qu’elle peut fournir dans le domaine esthétique. Ce classicisme signifie aussi respect des productions architecturales antiques qui, par conséquent, parsèment les paysages.

 Le moulin à vent de Wijk près de Duurstede (1668-72) par Van Ruisdael, huile sur toile,83×101 cm, Rijksmuseum, Amsterdam

Le paysage hollandais. 
Une étape essentielle de l’histoire de la peinture est franchie au 17e siècle aux Pays-Bas, tant d’un point de vue économique qu’esthétique, les deux éléments étant liés. L’art n’échappe pas à la loi de l’offre et de la demande. Alors que la clientèle du 16e siècle restait presque exclusivement aristocratique et religieuse, apparaît au 17e siècle aux Pays-Bas une riche bourgeoisie et une riche paysannerie qui font naître un véritable marché de l’art.

La peinture de paysage ne connaît pas au 18e siècle les évolutions majeures que l’on a connues aux 16e et 17e siècles. 

En France : retour à la nature et néoclassicisme. 
Vers le milieu du 18e siècle, un regard nouveau sur la nature apparaît en littérature à la suite de la publication en 1750 du Discours sur les sciences et les arts de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) : la société du 18e siècle, régie par de multiples règles sociales, ne vaut pas l’état de nature où l’homme pouvait être libre et heureux. Cette idéalisation d’une nature primitive et purement imaginaire trouve un grand écho dans le public cultivé de l’époque. 

En Italie : capricci et vedute
Le goût des voyages se développe au 18e siècle dans la classe aisée. Alors que le voyage était auparavant une contrainte que l’on n’acceptait que pour des raisons religieuses (pèlerinage), politique (diplomatie, guerre), ou utilitaires (com-merce), il devient un art de vivre, une source d’enrichissement culturel et personnel par la découverte d’autres cultures et la rencontre d’autres types d’individus.


L’ancienne ville d’Agrigente, Paysage composé (1787)
par Pierre-Henri de Valenciennes. Huile sur toile, 
110×164 cm, musée du Louvre, Paris

 La Tamise et la City de Londres vues de Richmond House (1747) par Canaletto 
 Huile sur toile, 105×117,5 cm, collection particulière

L’art du paysage au 19e siècle : la peinture de paysage cherche à rompre avec l’académisme et ses règles de composition. Le romantisme, dès la fin du 18e, propose un nouvel état d’esprit en privilégiant les émotions de l’artiste. Les peintres réalistes quittent complètement le paysage idéalisé qui avait dominé jusqu’alors et s’attachent à étudier avec minutie les phénomènes naturels. Mais ce sont surtout les impressionnistes qui marquent le début de la modernité picturale en détachant le sujet traité de l’objet représenté. Le paysage devient désormais une interprétation très libre de la réalité observée. 

Lorsque la photographie se développe, à la fin du 19e siècle, l’objectif de réalité que s’assignait le peintre ne présente plus grand intérêt. La photographie, en se perfectionnant, pourra capter des images multiples et de qualité croissante. La peinture doit alors se tourner vers autre chose. Les peintres du courant impressionniste cherchent à saisir l’instant présent.

Termes techniques : classicisme, académisme, romantisme, invention de la photographie, impressionisme.

Pluie, vapeur, vitesse (1844) par William Turner 
Huile sur toile

Impression soleil levant (1872) par Monet
       Huile sur toile, 49,5×65 cm, musée Marmottant, Paris

Évolution du paysage aujourd’hui, figuration et abstraction
L’art du paysage aux 20e et 21e siècles. À la fin du 19e siècle, l’impressionnisme et le post-impressionnisme ont définiti-vement rompu avec l’idéal classique de la peinture de paysage qui consistait à représenter le monde sur la surface limi-tée du tableau. Le dessin et la couleur n’étaient que des techniques permettant de s’approcher aussi près que possible de la réalité observée en sélectionnant ce qui était jugé le plus beau ou le plus digne d’intérêt. Les artistes de la fin du 19e siècle commencent à libérer l’art pictural de cette contrainte figurative en accordant une autonomie croissante aux formes et aux couleurs par rapport au réel.

Le 20e siècle consistera donc à utiliser cette liberté nouvelle pour expérimenter. Il en résulte que les mouvements se succèdent à cadence rapide avec des effets de mode non négligeables. Les artistes peuvent appartenir successivement à plusieurs courants picturaux car il faut suivre les tendances émergentes. L’art abstrait ou non figuratif sera l’aboutissement de cette évolution.


 Maisons sur la colline (1909) par Picasso 
Huile sur toile, 81×65 cm, collection particulière

 
La condition humaine (1933) par Magritte, huile sur toile, 100×81 cm, National Gallery of Art, Washington

Après 1945, les artistes privilégient une peinture totalement subjective qui est la projection de leurs émotions, de leur subconscient, voire de leur intellect. Les mouvements ou courants subsistent mais la prétention à l’avant-gardisme, caractéristique de la peinture d’avant-guerre, s’estompe peu à peu. 


Garrowby Hill (1998) par David Hockney
 acrylique sur toile (Angleterre, USA)


 Untitled (2009) par Per Kirkeby (Danemark) 
 tempera sur toile

Termes techniques : abstraction, figuration, expérimentation, mouvement artistique, subjectivité, avant-garde

Aujourd’hui, le tableau paysager étant le plus proche de la «peinture pure», dans la mesure où il concentre la couleur et de la lumière, l’art moderne s’intéressant aussi à l’autonomie de la peinture, n’a jamais complètement renoncé à lui. Le paysage reste et restera sûrement un des thèmes, sujets artistiques les plus communs car il est aussi le lieu du rêve, des fantasmes, de l’imaginaire. Mais tout simplement et surtout car il constitue notre environnement, et sera toujours témoin de l’espace dans lequel on évolue.Les artistes de tout temps dépeindront ce qui les entoure et comment ils se situent dans ce monde.
 Sans titre (1990) par Claude Garanjoud  
acrylique sur toile,100x81 cm
Claude Garanjoud (La Tronche 1926 - Villeneuve-lès-Avignon 2005) au Musée Matheysin de La Mure. 
« Que la peinture de CG n’accepte aucune concession aux facilités du jour, qu’elle persiste à se faire de toile et de cou-leurs en fonds et en glacis, qu’elle convoque et le poétique et le philosophique, qu’elle exige de son spectateur une disponibilité entière aux sens multiples venus de cultures diverses tout autant qu’aux sensations que procurent la lumière, vibrations et profondeurs, qu’en elle enfin se trouvent conjugués le spirituel et le sensuel devaient déterminer le musée à donner ces œuvres à voir, à en transmettre le pouvoir d’hypnose et d’étonnement.» 
                        Pierre Provoyeur, conservateur du patrimoine.

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